Mesdames et messieurs, en vos titres et qualités,
Mes chers amis,
Nous avons aujourd’hui la chance de fêter les soixante-dix ans d’un membre de notre école ! et il ne s’agit pas d’un membre honoraire mais de quelqu’un qui est toujours un pratiquant.
Car François est présent plusieurs fois par semaine sur le tatami, tant aux cours pour les adultes qu’aux cours pour les enfants dont il assume la direction.
C’est assez exceptionnel et cela mérite d’être fêté dignement.
François est un modèle pour nous tous et c’est important car la génération qui a créé ce dojo avec moi vieillit et avec l’âge l’enthousiasme s’estompe, certain sont toujours membres de notre association mais ne participent plus guère aux entraînements, cette petite pique non pour agresser ceux-ci mais pour leur dire gentiment que nous attendons leur retour sur le tatami, que nous y croyons toujours.
L’exemple de François qui est toujours là doit nous indiquer la voie à suivre.
Quand je me sens fatigué ou qu’une douleur me gène, je me dis, courage, allons-y François sera là avec ses 16 ans de plus que moi.
Et c’est bien courage qu’il s’agit, car quand François a eu son accident, vu la gravité de sa blessure au genou, bien peu aurait parié qu’il le reverrait un jour sur le tatami.
Quand je suis allé le voir à l’hôpital il était déterminé et m’a dit je reviendrai.
Pourtant sa convalescence a été assez longue, il a du suivre de nombreuses séances de kiné et se remettre à marcher tout doucement.
Après quelques mois il a réapparu sur le tatami. Au début c’était cours : dix minutes, puis il est resté de plus en plus et aujourd’hui il reste à nouveau du début à la fin des cours.
Ce n’est pas un secret, les kinés membres de notre dojo, Georges et Lucie m’ont fait part de leur étonnement devant une telle volonté et devant une telle guérison.
Considérez donc son comportement comme un exemple et essayez d’être aussi courageux…
J’ajouterai que dans notre dojo François est un personnage il pèse près d’un quintal et est solide comme un roc : essayer d’appliquer une technique sur lui et vous verrez que ça ne va pas tout seul …
Par contre quand il applique une technique sur vous, le simple fait qu’il serre votre avant-bras entre ses deux pattes d’ours fait que vous ressentirez la douleur bien avant que la clé n’arrive au point où normalement le douleur doit se faire sentir.
Mais on ne peut pas fréquenter François deux à trois fois par semaine pendant aussi longtemps sans devenir un peu son ami …
J’ai rencontré François en 1978 aux cours de ju-jitsu chez Monsieur THIRY à Jupille.
Pour des raisons d’horaires Il est venu suivre mes cours dans mon premier dojo à TILFF et il m’a suivi quand j’ai aménagé un dojo permanent dans le fenil qui étai attenant à ma maison de Fraiture.
Quand après mon divorce j’ai du quitter cette maison et que j’ai ouvert une section de ju-jitsu au centre ville (au Ronin), il faisait bien sûr partie de l’équipe.
Et enfin quand en 1977 nous avons acheté l’immeuble de la rue des Champs, il a participé aux travaux pour essayer de transformer une ruine en quelque chose qui ressemble autant que possible à un dojo.
Quand la banque a exigé que tous les membres du conseil d’administration de notre association lui donne une caution solidaire et indivisible sur leurs biens, il a fait partie du petit groupe qui a accepté.
Transformer nous même un hangard à l’abandon en un dojo et s’engager à rembourser le prêt pendant 15 ans, il fallait y croire.
C’est grâce à des amis comme François que ce rêve a été possible, tout seul je n’y serai jamais arrivé.
Et nous avons tenu le coup car en septembre 2007 nous fêterons les 20 ans du dojo.
J’en profite au passage pour remercier les survivants de cette équipe qui a aménagé ce bâtiment car il ne sons pas bien nombreux : François, José et Charly c’est tout.
Je voudrai pouvoir remercier aussi ceux qui ne sont plus là, car même si depuis nos chemins se sont séparés, ils ont joué un rôle important dans la vie de notre association alors Dona, Michel, René, Jean-Pierre, Eric… Merci.
Quand en 1988 nous avons été invités à participer à un stage dans le nord de la France dirigé par Soke NAKAMURA , SOFUE senseï et TOYOSHIMA Senseï, ce fût un choc … dorénavant c’est cette école que nous souhaitions suivre.
Et François a fait partie de ceux qui sans rechigner ont accepté de se recycler sur les bases de cette école, il nous a fallu tout réapprendre depuis le début : les gardes, les positions, les déplacements, les chutes, les kihon , les henka, les kata…
Ce changement n’a pas été aussi simple que prévu car l’être humain est par nature hostile au changement et nous avons perdu des élèves pendant cette période de transition, mais nous avons tenu bon.
Nous avons aussi connu pas mal de problèmes, nous avons été victime de comportements sectaires de la part de certain que je ne nommerai pas.
Chaque fois que confronté à des difficultés j’ai du prendre des décisions douloureuses, j’ai toujours pu compter sur le soutien indéfectible de François et sur ses conseils avisés.
J’espère qu’il en sera ainsi encore fort longtemps.
Il n’est pas déraisonnable de le penser car s’il suit la voie de sa maman dans la longévité, il nous enterrera tous … mais après la plaisanterie, il doit savoir que son absence représenterait un grand vide pour moi.
Je terminerai en rappelant que sous des dehors un peu rude, c’est en réalité un sensible qui remarquera toujours une attention marquée du sceau de la gentillesse ou de l’amitié.
Que pourrais-je dire de plus si ce n’est exprimer au nom de tous l’amitié et le respect dont il jouit au sein de notre dojo et que nous souhaitons faire avec lui un bout de chemin aussi long que possible dans la voie des arts martiaux.
Richard GILLET,
JODEN-SHIHAN .